Puis-je boire l’eau d’un cours d’eau ou lac en randonnée ?

Lorsque nous partons en randonnée, nous prévoyons une certaine quantité d’eau dans nos gourdes. Il peut arriver (forte chaleur, …) que nous soyons à court d’eau. Ou alors nous passons la nuit en bivouac et il faut se réapprovisionner en eau. L’inconvénient est qu’il n’y a pas d’eau potable en vue. Que faire ?

Fontaine je ne boirai pas de ton eau

Dans nos pays occidentaux, nous sommes habitués à avoir l’eau potable et courante dans nos habitations. La sécurité de notre eau est assurée par les services de la ville.
Nous sommes devenus tellement habitués à ce fait que boire une eau déclarée non potable nous effraie. A juste titre, car nous avons déjà entendu ou vécu une mauvaise expérience d’une randonneur ayant bu une telle eau et est tombé malade.
Cela m’est arrivé une seule fois à ce jour, c’est le thé de marche de l’ancienne cabane du Mont Rose. En montant à la Pointe Dufour, cette eau a fait son effet (problème gastrique) et au retour le bonheur fut de pouvoir enlever au plus tôt tout le matériel pour se soulager.
Je suis habitué à boire l’eau des rivières et à ce jour, je n’ai plus eu ce problème.

Afrique

J’ai eu l’occasion de passer deux ans au Burkina Faso et cela m’a appris à franchir un cap psychologique : boire l’eau qu’on me donne sans savoir d’où elle vient. Depuis je suis capable de boire l’eau d’une fontaine où il est mentionné « eau non potable » sans soucis ou l’eau d’une rivière, avec certaines précautions. Mais nos estomacs ne sont pas tous égaux devant les bactéries qui se présentent, certaines personnes sont plus résistantes que d’autres. La vie est injuste, je sais !

Comment l’eau devient potable ?

L’eau des nappes phréatiques est naturellement potable car filtrée par les différentes couches du sol.
L’eau de surface (lac, étang, …) est non protégée et contient de la vie organique. Elle nécessite donc des traitements (en résumé filtration, traitement chimique, UV).

Exemple de Genève

Les services de Genève mentionnent leur procédé que je résume ici. L’exemple est typique, chaque ville ayant des procédés plus ou moins similaires.

Pour rendre l’eau potable de Genève (80% provient du lac Léman, le 20% restant des nappes phréatiques), les étapes sont les suivantes :

Première filtration

L’eau est pompée dans le lac Léman, à 40m de profondeur (il y a moins de vie organique). Une première filtration a lieu par une grille avec des trous de 1 cm. Cela évite les poissons et cie.

Floculation/filtration

Du sel d’aluminium est ajouté à l’eau, cela permet une floculation (agglutine les particules visibles à l’œil nu) qui est suivi d’une filtration pour retenir ces flocons.
Filtration par :

  1. pierre ponce (retient les particules les plus grosses)
  2. sable de quartz (retient les particules plus fines)

L’eau n’est pas encore potable. Il reste des bactéries, virus et autre produits indésirables.

Filtre à charbon

Pour cela l’eau passe à travers des filtres à charbon (petites cavités extrêmement fines pour fixer les particules)

  1. Ozonation : envoyer de l’ozone gazeux pour fractionner les molécules en plus petits éléments
  2. Filtre à charbon : retient l’ozone excédentaire et les petites molécules

L’eau est désormais potable.

Du désinfectant (chlore) est ajouté à l’eau pour garantir la qualité lors de la distribution au consommateur.

Des prélèvements ont lieu tout au long processus/distribution pour contrôler la qualité

En randonnée

Le bétail, la faune, la circulation humaine sur les sentiers, le déclin de l’environnement contribuent à la dégradation de la qualité de l’eau.
Les agents pathogènes peuvent perturber, en particulier, le tube digestif. Ils proviennent généralement de déchets fécaux humains et animaux.

Bactéries

Le protozoaire est le problème le plus courant auquel on peut être confronté dans une eau non traitée. Il se présente sous deux formes : Giardia et Cryptosporidium. Les deux sont des organismes parasites que l’on trouve couramment dans les cours d’eau, les rivières, les lacs et les étangs ; et les deux causent des maladies gastro-intestinales, comme les crampes, la diarrhée et les vomissements.

Giardia est plus facile à traiter que le cryptosporidium, mais les deux protozoaires peuvent être éliminés par la plupart des filtres, purificateurs et systèmes de traitement.

Les bactéries courantes dans les cours d’eau et les lacs sont la dysenterie, E.coli, Salmonella, Shigella et Campylobacter, qui détruisent le tube digestif et donnent des symptômes similaires à ceux des protozoaires.

Les bactéries peuvent également être éliminées par la plupart des filtres, des purificateurs et des systèmes de traitement.

Virus

Les protozoaires et les bactéries doivent être évités, mais les virus se situent à un tout autre niveau. On finit toujours par avoir des problèmes intestinaux, mais on peut aussi attraper une hépatite ou une méningite si l’eau en contient.

La bonne nouvelle, c’est que les virus sont beaucoup moins courants dans les sources d’eau de nos contrées.

Cependant, il faudrait s’en protéger lorsque on voyage à l’étranger, en particulier dans les régions sous-développées. La mauvaise nouvelle, c’est que la plupart des filtres ne se débarrassent pas des virus, de sorte qu’il faut d’autre méthode si on voyage à l’étranger.

Comment rendre l’eau potable

Filtration de l’eau

La filtration de l’eau bloque les pathogènes tout en laissant passer l’eau. Mais les virus ne sont pas bloqués.

Purification de l’eau

La purification va encore plus loin. Être pur, c’est être exempt de contamination et la pureté de l’eau est importante pour les randonneurs internationaux ou ceux qui veulent être très prudents.

La purification de l’eau élimine les virus, qui sont généralement trop petits pour être bloqués par filtration. Alors que la purification peut se faire par filtration, elle se fait principalement par traitement chimique ou stérilisation.

Les techniques

Il existe plusieurs familles de techniques pour rendre l’eau (ou s’en approcher) potable. On peut en combiner plusieurs pour un résultat optimal.

Faire bouillir l’eau

Cela nécessite un réchaud. Il suffit de la faire bouillir (l’eau doit être frémissante /en ébullition) pendant une minute pour tuer tous les protozoaires, bactéries ou virus. Il faut faire bouillir pendant trois minutes si on est à plus de 2000m. L’ébullition signifie qu’il y a des panaches solides de bulles s’élevant de la base de votre casserole.

Chlore

Ou plutôt le Dioxyde de chlore. Il est efficace, pas cher, mais il faut un temps d’attente (30 minutes à deux heures) avant de boire l’eau et cela donne un certain goût.

Filtres physiques

Il existe plusieurs types de filtres physique pour permettre d’obtenir de l’eau potable. Les filtres ne bloquent pas les virus.

Pompes

Rapide (1L par minute), mais fatiguant. Cher, un peu lourd

Filtre à pression

Simple, mais plutôt pour de petite quantité

Filtre à gravité

Facile, mais demande plusieurs récipient

Filtre dans le goulot de la bouteille

Simple, usage personnel

Taille des filtres
Avec la plupart des filtres, un chiffre apparaît : la taille des trous en micron. Les bactéries et les protozoaires ont une taille minimale de .2 microns. Beaucoup de filtres ont cette taille, ou 0,1 micron, qui est encore plus petit.

Les virus ont une taille d’environ de 0,02 micron, ce qui est beaucoup plus petit. Très peu de filtres peuvent bloquer les virus, c’est pourquoi la lumière UV, le traitement chimique et l’eau bouillante sont encore les méthodes les plus efficaces pour le traitement des virus.

Purification aux UV

Cela fonctionne en projetant de la lumière ultraviolette dans l’eau pendant un certain temps, ce qui neutralise les agents pathogènes qui s’y trouvent.
Une note au sujet de la purification UV : Il ne tue pas les pathogènes. Contrairement aux méthodes de désinfection de l’eau par les produits chimiques, l’irradiation par lumière UV inactive rapidement et efficacement les micro-organismes par un processus physique. Lorsque les bactéries, les virus et les protozoaires sont exposés aux longueurs d’ondes germicides de la lumière UV, ils deviennent incapables de se reproduire et perdent leur pouvoir d’infection. C’est vrai à moins que l’eau ne reste dormante pendant des heures, auquel cas ils peuvent « revivre » et faire des ravages si la dose d’UV fut insuffisante.

Méthode SODIS (SOlar water DISinfection)

Il suffit de laver les bouteilles en PET, de les remplir d’eau à purifier, et de les exposer au soleil (donc aux UV) pendant plusieurs heures (6 heures suffisent dans les pays du Sud lorsque le temps n’est pas trop nuageux).

Lequel choisir ?

Pour le randonneur, on peut recommander une filtration à pression pour sa polyvalence en solo ou en groupe de deux personnes, un filtre à pompe pour sa durabilité et pour les petits groupes, et un filtre à gravité pour la facilité d’utilisation et les grands groupes. J’utilise ce dernier qui est le plus léger et facile d’utilisation.

Boire l’eau ruisseau ?

Peut-on boire l’eau des ruisseaux en randonnée ? Il n’est pas simple de répondre oui ou non, car cela dépend du terrain. On peut demande aux autochtones s’il est possible de boire l’eau d’une rivière. Souvent il y a des sources reconnues potables. Pour l’eau d’une rivière, s’il y a un troupeau en amont, je m’abstiens. L’eau qui coule d’une falaise inaccessible me semble buvable et souvent j’y recharge ma gourde. L’eau courante de fonte des glaciers, exposée aux UV est aussi une eau que je prélève.

A titre personnel, mon expérience de vie m’a fait comprendre que quand on a soif, on boit l’eau qui vient. Il suffit d’être un peu attentif aux alentours, surtout au bétail et de voir si l’eau n’est pas stagnante. Dans ces derniers cas, il faut filtrer.

Depuis peu, j’ai un filtre à gravité, poids plume et efficace.

Cimetière (sauf en hiver)

Enfin, un endroit insolite pour trouver de l’eau potable dans les villages sont les cimetières, du printemps en automne, c’est du libre service. L’eau pour arroser les plantes est issu du réseau d’eau potable. Une aubaine gratuite.

Problème de manque de minéraux

Un dernier point. J’ai eu connaissance d’un couple qui sur une randonnée de deux semaines, a bu de l’eau des ruisseaux. Lors de la deuxième semaine, ils ont ressenti un manque d’énergie. Le bilan est qu’ils étaient en manque de minéraux. L’eau des rivières n’est presque pas minéralisées et notre corps a besoin de minéraux. Il faut donc penser à une nourriture plus riche en minéraux (pain complet, noix, …).