France | Haute-savoie

La Tournette. Cela fait bien quelques années que ce sommet m’appelle, mais la météo m’en avait empêché. La bougre ! Une dégradation arrive ce weekend et c’est la première partie du samedi est encore annoncée belle. De plus la neige fond (décidément l’hiver 2015-2016 est peu propice au sport de neige) et c’est donc l’occasion de sortir mes skis, plutôt que les raquettes, première fois de cette saison.
Comme il ne faut pas partir trop tard, je décide de voyager la veille et dormir sur place sous ma tente. L’idée est de faire la voie normale de La Tournette depuis Belchamp vers Thônes. Je squatte à la ferme Les Lapiles m’offrant un bivouac confortable. Au matin, j’entends vite le défilé des voitures. Il n’y a pas de parking et il faut donc se garer le long de la route. Plus on vient tard, plus il faut marcher !
Je pars depuis la fin de la route déneigée et un ski-club est en route. J’ai même le droit à mon check DVA. En forêt, on remonte tranquillement la route. A sa fin, c’est désormais sur le chemin d’été et ça devient vite raide. Je constate qu’une de mes peaux, ne tiens que par ses extrémités. Arrêt au milieu du terrain de jeu pour quelques soins. Qui a une peau qui devient folle, doit lui mettre de la colle. Les affaires reprennent. Il y a bien du monde sur ce parcours, rare dans mes sorties de voir autant de monde, il faut parfois attendre que les novices se sortent d’une difficulté pour continuer.
Vers 1500m, on sort enfin de la forêt pour trouver le plein soleil. Petite pause pour se refaire une beauté (crémage), dès fois qu’un car de Suédoises débarque ! On progresse dans un terrain en partie au soleil et en partie à l’ombre. Ces dernières expositions provoquent des ralentissements notables. Il y a de tout sur ce parcours, bien des collants-pipettes, qui disent même bonjour (presque choqué je suis !) et des novices qui passent aux couteaux, mais se gamellent quand même.
On passe au-dessus du rocher nommé Le Bouton, la vue se dégage et c’est grandiose : des Aravis au Mont-Blanc. Le vent fait son apparition. J’ai eu le droit a un moment de solitude en quittant la voie normale et passant au SE du rocher du Pt1796. Faire sa trace est un privilège rare dans ce secteur. Le rocher est du calcaire, souvenir d’une mer chaude il y a 120 millions d’années. Et il y a 10’000 ans c’était le règne des glaciers. Tout change tout évolue, seuls les imbéciles ne changent pas !
Je reviens sur la voie normale, découvre un trou noir … entouré de neige. C’est donc un trou blanc ! C’est la spécialité locale. Attention en skiant. Il faut faire un grand contour pour éviter une grosse barre rocheuse. Le contournement se fait d’abord à l’ombre dans une pente raide. Puis on rejoint un plateau et le terminus en ski. C’est l’affluence dessous car seul endroit plat pour poser les skis.
J’ai pris mes crampons en aluminium et mon piolet. Un groupe a installé sa corde et j’en profite, cela m’évite de mettre les crampons. L’accès est bien raide et sans corde ou crampons, un peu galère. J’ai trouvé la descente plus facile. Une échelle (marches étroites et délicates avec les chaussures de ski) permet de rejoindre le petit plateau sommital de La Tournette. Quelle vue ! Le lac d’Annecy en contrebas, les Aravis, le Mont-Blanc qui domine son monde, la région grenobloise et tous les autres ! C’est du lourd comme panorama. Je reste un bon moment, bravant le vent.
Puis c’est la descente, il faut patienter dans le couloir raide, on se croirait à Leclerc un samedi matin. Je retrouve mes skis et descends par la pente NE. Je suis les traces du groupe précédent et arrive à deux possibilités. J’ai poursuivi devant, mais étant au-dessus du gross barre rocheuse, je n’ai pas osé m’aventurer sans visibilité. Je reviens sur mes pas et descend par une pente agréable. La neige n’est pas terrible, mais on progresse bien. Vers 2100m, une pente raide et surtout avec la faible épaisseur de neige, les cailloux apparents.
Sans soucis, sinon une neige peu intéressante, j’arrive aux Chalets du Rosairy (voir cet article, le propriétaire du refuge veut faire payer le passage des randonneurs). Les deux chalets (fermes, fermées en hiver) sont squattés par des randonneurs pour leur pause. Je tape l’incruste pour la pause casse-croute.
Puis descente. Je retrouve le chemin de la montée, mais ayant envie de varier les plaisirs, je me lance dans la descente sous la falaise. Une coulée a eu lieu et c’est un champ de boules. J’y arrive et en ski, c’est du béton. Je file dans les vernes … dans une neige bien pourrie. C’est la galère. Bien des chutes plus tard, j’en sors et je file dans l’ouverture qui s’ouvre devant, des traces anciennes m’indiquant que je ne suis pas le seul maso. C’est le lit d’un ruisseau, mais la faible épaisseur du manteau neigeux rend la progression délicate pour qui tient à ses skis. Un passage dans les hauteurs, délicat par manque de neige, puis je finis par arriver sur la route de la carrière. Fin de l’aventure, mais j’étais quand même fier de moi et conscient des risques. Je retrouve la route et file tranquillement au parking. Le terrain doux, ça a du bon aussi !