Suisse | Fribourg

La neige est déjà tombée en cette fin d’automne et je me décide pour une sortie en raquettes. Je pensais aller dans le Jura, mais le stratus me fait plutôt choisir l’Intyamon. Comme je dépends du train, je choisis Montbovon comme point de départ. L’idée est de rejoindre L’Aiguille, suivre l’arête jusqu’à la Chaux de Culand et descendre le couloir N attenant pour rejoindre Gros Chablo et ensuite les Gorges de Mury.
Il faut traverser le village de Montbovon pour rejoindre le Lac de Montbovon et pouvoir ainsi traverser La Sarine. Le secteur est à l’O et donc le matin il est à l’ombre. Une route forestière nous fait doucement monter en forêt, la neige est peu présente et je porte les raquettes à la main. Arrivé dans une clairière, juste avant Creux de l’Enfer (quel nom !), un panneau nous invite à partir à gauche. Je mets les raquettes, il y a quelques petits piquets indiquant le sentier qui monte, mais après il faut deviner la suite, la neige recouvrant la sente. Une fois dans la forêt, le sentier est fort bien marqué par des marques jaunes sur les troncs des arbres. Ce sentier est assez pentu, mais reste confortable. On sort de la forêt où je trouve le soleil avec bonheur, sous Petite Chia. J’en profite pour enlever une couche.

La Brâ

Un passage en forêt doux, me fait arriver dans les pentes de La Brâ. Jusqu’à présent j’avais presque intégralement suivi les traces d’un lièvre. Sous La Brâ, c’est pentu et je décide un droit en haut, mais la couche de neige est faible, chauffée sous le soleil et n’offre aucune tenue sous mes pieds. Je pédale dans la semoule et il faut se résigner à une trajectoire moins directe. J’arrive à La Brâ, Pt1425 où je retrouve l’entrée du sommet du blockhaus de l’armée. Il est 13h15 (à peine plus de 3h avant le coucher de soleil), le sommet de L’Aiguille est pris par la brume, la pente me parait bien pentue et le couloir que je veux descendre, le risque d’avalanche est annoncé à 2. J’ai le choix entre braver les éléments ou prendre la passe casse-croute et se dorer la pilule au soleil. Un brin de fatigue, pourtant il n’y a que 700m de dénivelé, me fait pencher pour la deuxième option. Je profite alors de la belle vue panoramique sur l’Intyamon de la Dent de Jaman au Moléson. Sur ma gauche au loin, Les Diablerets.
Après 30 min de pause, je reprends la route, enfin le chemin. Je vois que le lièvre a été plus courageux car il est montée à L’Aiguille, lui ! Après la ferme La Brâ, je bascule dans le flanc N et retourne dans l’ombre. Le chemin est difficile à lire car recouvert de neige, au début il y a un grand arbre suivi de deux ou trois petits. Il faut rester sur la même courbe de niveau (1440m), puis on retourne en forêt.

Dévaloir

En arrivant à un dévaloir que le chemin traverse pour continuer sur la ferme Les Sauges (mon but était de rejoindre ensuite Gros Chablo puis les Gorges de Mury), j’ai été pris d’une grosse envie de hors piste. Je regarde la carte et comme cela me semble un magnifique raccourci, je m’y engage. La pente est correcte et je trouve l’expérience amusante. Par contre la couche de neige n’est pas suffisante pour couvrir les rochers qui sont gelés par l’eau qui coule encore. Cela m’a valu de vérifier que la gravité est toujours active !
Au niveau des difficultés, quelques arbres tombés dans le lit du ruisseau et surtout une barre rocheuse de 5m environ bien gelée. Malgré tout je progresse et arrive au niveau du torrent nommé Le Torrent (puissant le nom ! L’inventivité à son comble !). Et là je constate que je suis piégé car Le Torrent comporte plusieurs chutes d’eau infranchissables et ses rives sont des gorges. Pour parfaire le tableau, une crampe commence à me terrasser (j’ai pris mes pastilles de magnésium) ! Il est 15h30 et je commence à avoir de gros doutes. Oui je sais, je doute donc je suis, mais là je suis … pas bien ! J’ai pensé à appeler l’hélicoptère, mais j’ai estimé pouvoir me débrouiller. Remonter : je n’y ai même pas pensé. Il me reste donc le devers. J’ai pris l’option aval, car au moins je vais dans le bon sens (vers les Gorges de Mury). Je pars ainsi en devers, mais trouvant le terrain trop pentu et surtout trop près des gorges, je remonte un peu dans des pentes raides. J’ai quand même eu quelques sections douces ! Il a fallu passer les dévaloirs suivants, trouver le point faible (et donc se montrer fort !), heureux de voir les traces d’un chamois ou cerf qui m’ont guidées.
Il me reste un dévaloir à passer lorsque je vois sur des arbres des marques de couleur rouge/orange vif, sauvé je suis ! Il m’a suffi de suivre ce marquage, certes un sentier pentu, mais un sentier (je pense qu’en le suivant à la montée, il doit remonter la Joux de Mury et arriver dans le bas du pâturage de La Brâ) pour arriver au dernier dévaloir qui fut donc traversé sans difficulté. Je rejoins le pont et abri du Pt992 et arrive dans les Gorges de Mury

Les Gorges de Mury

En arrivant dans les Gorges de Mury, je fus éblouis, non par le soleil désormais caché par le stratus, mais par les nombreuses stalactites accrochées au rocher. C’est de toute beauté et rien que pour cela, ces gorges méritent une visite (on y accède facilement depuis Lessoc). Le sentier est à l’abandon, le filin de sécurité offre autant d’assurance que des obligations grecques et des arbres jonchent le sol. Mais à côté de mes dernières aventures, c’est un boulevard. Les gorges sont courtes, un bref passage dans un tunnel et un passage le long d’un mur, me permet de rejoindre les hauts de Lessoc. Je décide de suivre les gorges, passe un joli pont en bois et vers 820m arrive à une route. Là deux options sont possibles : Montbovon ou Lessoc. Etant en train, j’ai le choix, la distance est à peine plus courte pour Lessoc. Un oeil sur les horaires et je file sur Lessoc. La nuit tombe, je coupe à travers champ, en enjambant plusieurs fils électriques et rejoint l’arrêt de Lessoc à l’autre extrémité du Lac de Montbovon.